Quand la voiture a conquis l’Amérique.

Profondément lié à l’histoire du pays, le développement des moyens de transport aux Etats-Unis en dit long sur une bonne partie de la culture américaine. Au cours de notre dernière ligne droite vers la fin du trajet, le fait de se déplacer à vélo nous a permis de nous rendre compte d’une réalité cruciale: aux Etats-Unis, quand on a une voiture, tout va bien. Mais quand on en a pas, le moindre déplacement devient un cauchemar.

Le tout voiture

On vous en parlait dans l’article sur la conception de la ville: les Etats-Unis, c’est grand (on sait qu’on arrête pas de le dire, mais quand on est à vélo, c’est une réflexion qui revient souvent) et les villes s’étalent sans limite vers les territoires ruraux. Le processus est simple: quand un bâtiment est désaffecté, il est beaucoup moins couteux d’aller en construire un autre plus loin que de le remettre en état ou de le démolir. Donc si on a de la place, on ne s’en prive pas. Et plus on s’étale, plus on a besoin de bouger loin et vite. La solution la plus pratique semble donc être la voiture.

Les Etats-Unis, c’est aussi un pays très jeune: un peu plus de 200 ans, c’est le tiers de l’âge de la maison des parents de Clément à Strasbourg. Par conséquent, la grande majorité des bâtiments et autres constructions que l’on peut voir dans les villes américaines est récente à en faire rigoler n’importe quelle bâtisse du centre ville d’Athènes. En fait, pour être plus exact, l’organisation des villes comme on les voit maintenant a été mise en place dans la première moitié du 20ème siècle et donc avec l’idée que des voitures allaient devenir rapidement monnaie courante. Un Détroitien nous a très justement dit: « Ce sont les autoroutes qui dictent l’organisation des villes ici ». Je vous invite simplement à regarder une carte de Détroit pour comprendre pourquoi il dit ça (les autoroutes sont en orange, et ce sont de belles 2×3 voies de 100m de large au bas mot):

detroit

Certains quartiers se sont carrément retrouvés coupés en deux quand ces autoroutes ont été mis en place. En comparaison, voilà une carte de Lyon (qui a une population un peu inférieure mais du même ordre) ou on voit bien que les autoroutes font le tour de la ville, modèle qu’on retrouve dans la majorité des villes européennes.

Lyon

Donc évidemment, tout ça c’est très pratique quand on possède une voiture. Le problème, c’est que tout le monde n’en a pas et dans certains quartiers, faire ses courses peut rapidement devenir un calvaire. C’est ce qu’on appelle un « Food Desert » et on vous invite à consulter notre article sur Washington DC pour en savoir plus.

Les américains, ces gros méchants capitalistes

Se déplacer à pied ou à vélo n’est donc pas une solution adaptée pour se déplacer aux Etats-Unis. Et les trains alors? Pour ce qu’on a pu en voir c’est vraiment pas beaucoup mieux. Pour la petite histoire, on devait passer par Chicago à la base, mais on a laissé tomber parce que ça nous faisait perdre trop de temps. On a donc envisagé pendant un moment de faire un aller-retour à Chicago en train depuis Cleveland ou Detroit. On a rapidement laissé tomber quand on a vu à quoi ça ressemblait. Des trains Cleveland-Chicago (à peu près 500km, l’équivalent d’un Paris-Strasbourg), il y en a deux par jour: un qui part à 3h20 du matin et le second à 3h50. Et c’est comme ça pour la majorité des trajets: très peu de possibilité, c’est long, souvent à des horaires impossibles et toujours en retard de plusieurs heures.

Ce phénomène peut s’expliquer de la même manière que beaucoup de choses aux Etats-Unis: ce sont les investisseurs privés et friqués qui ont le pouvoir de décision. On qualifie souvent les américains de « gros capitalistes » et en ce sens, on a raison. L’État investit dans peu de choses et on attend des personnes qui ont de l’argent d’investir dans des biens communs, comme les routes par exemple. Ce qu’ils font souvent avec plaisir et ce qui a également pour conséquence de donner un pouvoir de décision fort aux personnes les plus fortunées. Dans le cas des chemins de fer, ceux-ci appartiennent en fait aux transporteurs de biens et les trains de marchandise ont donc la priorité sur le transport de personnes. On peut donc se retrouver coincé sur les rails pendant plusieurs heures en attendant qu’un train plein de pétrole ou de charbon (très lent évidemment) ait fini de passer. Et comme transporter des personnes, c’est pas rentable, personne ne le fait. Tout ça et nos expériences précédentes à l’étranger nous font d’ailleurs dire que les gens qui osent cracher sur la SNCF n’ont jamais du voyager de leur vie.

IMG_9108Une 4*4 voies à Detroit.

« Le scandale des tramways »

A Detroit, on nous a parlé d’une histoire qui illustre assez bien ce dont on vous parle ici. Cette anecdote historique porte le nom de « scandale des tramsways » ou « conspiration des tramways », selon la personne qui la raconte et pourrait expliquer en partie ce tout voiture à l’américaine.

Au début du 20ème siècle, entre les années 1910 et 1930, les transports en commun étaient la norme aux Etats-Unis. Les tramways étaient notamment très fonctionnel et le réseau bien développé. Les « streetcars », comme ils les appelaient alors, étaient confortables, rapides et fonctionnaient à l’électricité. Ils semblaient promis à un bel avenir. Alors que s’est-il passé pour que tout ce système s’écroule, que les transports étatsuniens soient les pires du monde occidental et que les autoroutes blindées soient la norme dans les centre-villes?

C’était sans compter sans les bonnes idées de General Motors, la multinational automobile, qui a commencé à se dire que ces tramways encombraient un peu trop le trafic automobile. Et puis les gens qui prennent le tram n’achètent pas de voitures. Et ça, c’est embêtant. General Motors a alors créé une société, théoriquement indépendante, nommée National City Lines (NCL), qui s’est mis à racheter à grand coups de capitaux tous les systèmes ferroviaires de plus de 45 grandes villes américaines. A partir de ce moment, les tramways se sont vu remplacer petit à petit par des réseaux de bus fournis par General Motors. Dans certaines villes, comme Detroit, les rails et les trams ont été purement et simplement détruits, créant ainsi une situation de monopole pour la compagnie automobile. A partir de là, il est un peu difficile de discerner le vrai du faux et il existe deux écoles:

  • Les détracteurs de la théorie estiment que les trams étaient simplement devenus une technologie obsolète comparé à la voiture qui se développait à tout allure. Les trams auraient également fini par être gênés par les voitures puisque tout circulait sur les mêmes voies. Le déclin des transports en commun serait donc un processus logique et inévitable.
  • Les partisans de la théorie estiment quant à eux que tout a été orchestré  par General Motors afin de créer une situation de monopole artificiel.

Toujours est-il qu’aujourd’hui, ces rails de trams ont totalement disparus dans certaines villes, pour être remplacé par des systèmes de bus peu efficaces.
Nous, ce qu’on en dit, c’est que les industries automobiles à Detroit n’ont pas l’air très gentilles et que les habitants n’apprécient pas forcément leur façon de faire. On a par exemple appris que les salariés de Ford qui possédaient une autre marque de voiture étaient contraints de se garer sur des parkings plus éloignés de leur lieu de travail. Pas cool.

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A gauche, le château de Bowser, le méchant de Super Mario. A droite, la tour de General Motors à Detroit. Ou le contraire.

Et le vélo, dans tout ça?

20150422_172344Traverser des bretelles d’autoroute à pied parce qu’il n’y a pas le choix.

En ce qui concerne le vélo à proprement parler, on commence à avoir l’impression que faire du vélo aux Etats-Unis sans avoir tout l’attirail du coureur du Tour de France, c’est un peu un signe extérieur de pauvreté: « Ben tu te déplaces à vélo? T’as pas de voiture ou quoi? ». En , fait, ici, le vélo, c’est un sport, et pas un moyen de transport.

Très globalement, les États-Unis ne sont pas très « bike friendly ». On l’avait déjà mentionné, entrer ou sortir d’une ville peut s’avérer très compliqué. D’une ville à l’autre, on a des fois pas d’autre choix que rouler sur des portions d’autoroute, voire de les traverser. Et à l’intérieur des villes, les conducteurs ne sont pas habitués à voir des cyclistes. Pour nuancer ce tableau noir, rappelons qu’il existe quand même de nombreux trails pour les cyclistes à certains endroits. Simplement, cycler aux Etats-Unis devient compliqué quand on veut aller du point A au point Z sans utiliser d’autre moyen de transport.

La situation s’améliore cependant un peu partout dans le pays. On est notamment tombé par hasard à Philadelphie sur une conférence sur la mise en place de nouvelles infrastructures cyclistes: des nouvelles pistes cyclables dans la ville, de nouveaux trails autour notamment. Le jour de notre arrivée dans la ville, le système de vélo-partage était également lancé. Des indices qui nous font dire que le vélo gagne petit à petit du terrain aux USA. Mais pour l’instant la ville la plus cycliste du pays serait Philadelphie avec un peu plus de 2% de la population utilisant son vélo régulièrement. En France, pour la comparaison, d’après le Figaro, on serait 40% de cyclistes. Ça donne une bonne idée.

Bref, toutes ces conditions difficiles ne nous ont pourtant pas empêchés de rouler jusqu’au bout de nos 3000km de trajet!

La boucle est maintenant terminée, mais on vous invite à suivre la suite de nos aventures qui, elles, sont loin d’être finies! Des articles, des vidéo ou encore des conférences, on a encore de quoi vous occuper pour quelques temps ne vous inquiétez pas!

One thought on “Quand la voiture a conquis l’Amérique.

  • Tout simplement bravo, bravo, bravo tous les deux, pour votre courage, votre vision curieuse, critique, intelligente et amusante de votre environnement; un jour, voue raconterez votre périple à vos petits enfants, qui en seront fiers…..Et maintenant, vivement votre très proche retour ! Dans un pays  » bike friendly » et……….pour une superbe table alsaco-française !!!!!!!!!!!!!!!
    Bises!

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