Singapour

Chères bâtisseuses, chers bâtisseurs,

Trois heures de vol et nous voici à des années-lumières d’Hanoï, dans un espace-temps singulier et futuriste. Nous voici à Singapour.

Dès l’aéroport, le ton est donné. Cascade et forêt intérieure climatisée, piscine en rooftop pour attendre sa correspondance et centre commercial à plus d’un milliard d’euros, Singapour est une cité-Etat prospère.

Autrefois colonie hollandaise avant sa vente aux britanniques en 1824, l’île a obtenu son indépendance de la Malaisie en 1965 et entamé un fulgurant développement économique permis par sa situation maritime stratégique à l’extrême sud du détroit de Malacca. Passage obligé entre l’Europe et le Pacifique, Singapour s’est imposée comme le deuxième port au monde derrière Shangaï en termes d’exportation et de trafic maritime, devenant rapidement la 4ème place financière de la planète.

Avec le 3ème PIB/habitant (Parité Pouvoir d’Achat) derrière le Qatar et le Luxembourg et une population à 1/7 millionnaire, Singapour s’est construite une carte postale de buildings exubérants grignotés sur la mer dont ce fameux Marina Bay en forme de bateau avec sa piscine à débordement à plus de 200 mètres de hauteur.

Si elle pratique le libéralisme économique, on ne saurait en dire autant pour le libéralisme politique : seulement trois premiers ministres se sont succédés depuis 1965 si bien que certains qualifient cette République de « démocratie autoritaire » ou de « dictature bienveillante ». Au-delà d’une certaine censure médiatique sur internet et des journaux malaisiens, des amendes de 1000$ sont adressées à quiconque jette un déchet dans la rue, mange un chewing-gum ou bois de l’eau dans le métro… Les innombrables caméras assurant un contrôle strict.

C’est dans ce contexte que nous sommes partis sur les traces de l’agriculture urbaine à Singapour. Au prix d’intenses compagnes de greenwashing matérialisées par des potagers urbains et autres systèmes hydroponiques ultramodernes sur les toits de centres commerciaux, les autorités donnent l’image d’une cité à la pointe de l’agriculture High Tech et du vertical farming. Avec une superficie de seulement 719km² et la deuxième densité de population au monde (8188 hab/km²) derrière Monaco, cette option apparait cohérente pour atteindre l’objectif affiché de 30% d’autosuffisance alimentaire à l’horizon 2030.

Vitrine de cette vision, la ferme Skygreen et ses plantations sur 10 étages est citée en référence dans le monde entier.
Pourtant, en nous rendant sur place, à l’autre bout de l’île par-delà les casernes militaires et les panneaux de menace de mort, nous découvrons une feme a priori tombée en désuétude et très protégée. L’accès, que nous négocions depuis plusieurs semaines, nous est encore refusé. Les responsables entretiennent cette opacité en fuyant nos questions. Le secret de la production alimentaire de demain se cultive lui aussi.

C’est finalement en plein centre-ville, avec Citizen Farm et ses 200 jardins sur des hôtels, des écoles et autres restaurants, que nous visitons le projet le plus abouti de notre voyage. Une ancienne journaliste reconvertie, Sarah, nous témoigne avec passion de sa vision en connivence avec les différents piliers de l’agriculture urbaine.
De la production en hydroponie sous LED dans des conteneurs cargo recyclés aux cours de formation à destination des familles des habitations alentours en passant par le recyclage des déchets dans une serre de mouches, cette initiative nous est apparue comme un modèle total alliant simplicité, ingeniosité et innovation. Un exemple parfaitement adaptable selon nos contraintes économiques et urbaines d’occident, à condition que, tout comme les autorités singapourriennes, nos gouvernements mettent à disposition gratuitement des terrains très prisés dans les hypercentres.

Cette 25ème visite d’exploitation est donc la dernière pour l’édition Agrovélocity Asie 2019. C’est à Bali, entre des sessions surf, des randonnées dans les volcans et des plongées avec les Mantas que nous poursuivrons la rédaction du scénario pour le documentaire avant de commencer le montage dès notre retour mi-août en France.

Une fois n’est pas coutume, nous n’avons pas de vidéo à vous partager mais un article de Monsieur Mondialisation, un site altermondialiste très populaire sur Facebook, qui a relayé notre travail avec intérêt. https://mrmondialisation.org/ces-trois-etudiants-explorent-lagriculture-urbaine-dasie/

Bon été à tous,

À bientôt,

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