Toronto

Après pas moins de 6 villes américaines visitées, on s’est enfin attaqué à notre première grande ville canadienne :Toronto. Notons quand même qu’avec plus de 2,6 millions d’habitants, elle est considérée comme la ville la plus cosmopolite du monde car presque la moitié de ses résidents est née en dehors du Canada! A part ça, notre première approche de l’agriculture urbaine s’avère être complètement différente de tout ce qu’on a vu aux USA, et c’est tant mieux!

Young Urban Farmers  : faire de l’agriculture urbaine pour les autres

Voilà quelque chose que l’on n’avait pas encore eu l’occasion de voir depuis le début du voyage mais on est tombé sur la première entreprise de « service » en agriculture urbaine. Young Urban Farmers (YUF) est une jeune entreprise de service qui a pour but d’installer des jardins urbains dans Toronto. Chris, à l’origine de ce business nous a reçu dans un jardin résidentiel proche du centre ville pour nous expliquer son travail.

En gros, le but de YUF est de mettre en place des jardins dans Toronto pour les particuliers ou certaines institutions. Pour le moment, pas de « gros » clients pour eux, et la plupart du revenu de l’entreprise provient des jardins installés pour les particuliers. Les jardins sont gérés en fonctions de la demande des clients : « Certaines personnes nous demandent de venir s’occuper de leur jardin parce qu’ils n’ont pas le temps, mais beaucoup de gens veulent qu’on leur apprenne à cultiver leurs fruits et légumes et on essaie de leur laisser de l’autonomie au fil du temps. Bien entendu, on a aussi des clients qui savent parfaitement jardiner et chez qui on ne fait qu’installer des parcelles ou fournir du matériel. »

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Au final, Chris et ses employés sont un peu des jardiniers/paysagistes/vendeurs de matériel pour l’agriculture urbaine et leurs clients sont souvent issues de classes moyennes ou plus aisées. Toujours est-il que leur travail participe au fleurissement de nombreux jardins urbains et ramène un peu de vert à travers la ville. Tout ça est fait quasi totalement en bio, sauf cas particulier. Bref, YUF n’est pas le robin des bois de l’agriculture urbaine, mais ils ont le mérite de faire avancer le processus dans le bon sens et de donner envie à un bon nombre de particuliers de produire leur propre nourriture!

Les Food Policy Councils de Toronto : militer pour mieux manger en ville

C’est quelque chose dont on ne vous a que très peu parlé jusqu’à présent, mais la plupart des villes nord-américaines disposent d’un « Food Policy Council« . Et si on vous en parle maintenant, c’est parce qu’on a enfin eu la chance d’en rencontrer un pour de vrai avec en prime une déclinaison plus « jeune » du concept.

Bref, un « Food Policy Council » c’est quoi? Le plus souvent, il s’agit d’une association à but non-lucratif qui peut (mais ça n’est pas tout le temps le cas) être associée au City Council (la Mairie donc) pour travailler sur les politiques relatives à l’alimentation dans la ville. En gros, ce sont des organismes qui militent pour améliorer l’accès à une alimentation saine et équilibrée pour tous au sein des villes.

Si ça nous intéresse, c’est parce qu’en fouinant partout pour avoir des informations sur l’agriculture urbaine, on s’est souvent rendu compte que prendre en compte la totalité du système alimentaire d’une ville est primordial pour savoir ce que l’agriculture urbaine peut y apporter.

Et du coup, concrètement, ce que fait un « Food Policy Council » c’est faire des propositions de loi à la ville, soutenir des projets, sensibiliser la population au « bien manger » et mener un gros travail de recherche sur les systèmes alimentaires de la ville. On vous a parlé plusieurs fois de « Food Deserts » aux USA et c’est par exemple un concept sur lequel travaille en ce moment le TFPC. En gros, pour eux, la seule notion de distance à un supermarché ne suffit pas à décrire les problématiques alimentaires d’une ville et des recherches sont faites en ce moment pour mettre en place de meilleurs indicateurs de l’accès à une nourriture saine et locale en ville.

11778092_10207428408932557_93294727_nPetite image en exclusivité de notre interview filmée avec Lauren Baker du TFPC.

Petite particularité à Toronto, on a aussi fait la rencontre du « Toronto Youth Food Policy Council » (TYFPC). Pourquoi Youth nous direz-vous? Dilya, l’actuelle présidente du TYFPC nous explique qu’en 2009, une étudiante a assisté à une séance du TFPC et a constaté que celui-ci n’était composé que de personnes d’un âge avancé. Ceci est plutôt logique, car la création d’une telle structure a nécessité des personnes avec de l’expérience – des vieux donc – pour construire des bases solides. Mais bon, quelle représentation pour les jeunes générations dans tout ça?

La même année, cette étudiante fonde donc le premier Food Policy Council composé uniquement de « jeunes ». Il s’agit là encore d’une association à but non-lucratif composée d’une douzaine de volontaires (dont l’âge s’étale de 16 à 30 ans environ, mais cette année ils ont une collégienne de 14 ans! Prenez en de la graine, les enfants.) dont deux siègent au sein du TFPC et représentent ainsi la voix des moins vieux. Les volontaires changent en partie chaque année car 6 nouveaux membres sont sélectionnés (et doivent donc montrer toute leur motivation à travers lettres et entretiens) pour renouveler l’équipe du TYFPC. Les activités du TYFPC sont les mêmes que celles du TFPC, mais tournées vers les jeunes: beaucoup d’ateliers, de tutorats et de débats sont organisés et ils ont même développé une revue académique pour publier des papiers scientifiques d’étudiants qui ont du mal à donner de la visibilité à leur travaux!

Rye’s Home grown : notre premier roof-top garden!

C’est un peu ce à quoi tout le monde pense quand on parle d’agriculture urbaine nord-américaine : un beau jardin sur un toit au milieu des buildings, des tomates rougeoyantes et des salades touffues à souhait à côté des grattes-ciel, le contraste de l’ultra-densité des constructions humaines avec ce petit bout de verdure cultivée. Grâce à notre ami Eric qui travaille une après midi par semaine dans la ferme sur le toit de l’Université de Ryerson, on a pu voir ça de nos propres yeux, et franchement, il faut avouer que ça a de la classe!

 IMG_9100La production est vendue via un farmers market ou directement au restaurant de l’université de Ryerson.

En discutant avec Arlene, la gérante, on apprend que pour l’instant la rentabilité économique de ce projet reste fragile. Les investissements pour la mise en place de la ferme ont demandé une grosse levée de fonds et Arlene a pas mal de difficultés à obtenir des financements de la part de l’université et doit mobiliser d’autres sources financières pour se dégager un revenu. De plus, un jardin aussi joli que celui-là attire les visiteurs et les bénévoles, ce qui est à double tranchant car si les volontaires apportent une main d’oeuvre gratuite, leur formation est chronophage, tout comme les visites. Tout ce temps passé n’est alors plus disponible pour gérer la production de la ferme. Pour solutionner ce manque à gagner, Arlene envisage de faire des visites payantes pour soutenir l’activité de la ferme et réguler l’affluence. Bref, il faudra certainement laisser encore quelques saisons à cette belle ferme avant qu’elle soit autonome. Par contre, les bénéfices qu’elle apporte en terme de paysage et de pédagogie sont là, et ça, c’est aussi quelque chose d’important mais que l’on peut difficilement chiffrer en dollars.

Fresh City Farm : une ferme commerciale et un incubateur de fermiers urbains qui marchent bien!

Un peu plus loin du centre ville, mais dans une zone qui reste quand même bien urbanisée, on a visité Fresh City Farms, une ferme urbaine qui marche pas trop mal et dont le mode de fonctionnement est assez original. On vous avait parlé d’un incubateur de fermes dans l’article sur Cleveland mais ce système ne fonctionnait pas vraiment car les personnes travaillant sur la ferme n’avaient pas beaucoup d’intérêt à la quitter une fois la période d’incubation terminée. Ici, c’est un peu différent et il semblerait que les jeunes fermiers urbains se mettent à voler de leur propres ailes!

Pour résumer, Fresh City Farm a décidé d’offrir l’accès à une partie de ses terres à des fermiers urbains en herbe. Contre 4 heures de travail par semaine pour la ferme, ces personnes ont accès à 100m² cultivable, de l’eau et tous les outils nécessaires à leur activité. La plupart de ces agriculteurs urbains ont un autre job à côté mais certains arrivent à en vivre, on nous cite l’exemple d’une personne qui a réussi à monter un business plutôt solide en développant la vente de fleurs ornementales. La gérante de la ferme nous apprend aussi que certaines personnes vont ensuite devenir farm manager ailleurs, c’est par exemple le cas pour un de ses fermiers en herbe qui a rejoint la Black Creek Community Farm que nous avons aussi visitée.

 

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Et la ferme dans tout ça? Avec 2 personnes à temps plein et un stagiaire la moité de l’année pour la faire marcher, elle atteint bientôt son autonomie financière et si ça n’est pas encore le cas c’est surtout parce qu’elle n’a cessé de grandir au cours des dernières années. En effet, Fresh City Farm est passée d’une AMAP de 6 clients à plus de 100 personnes qui se font livrer des paniers aujourd’hui. L’accroissement de cette demande a fait que la production a été pas mal augmentée. Sauf que pour nourrir autant de monde et avoir une offre diversifiée, les quelques hectares de la ferme ne suffisent plus. Fresh city farm s’est donc associée à d’autres producteurs pour continuer de fonctionner et améliorer son offre. Le seul bémol est que la certification bio est souvent privilégiée au détriment du « local ». Le principe étant de proposer des paniers à composer soi-même qui sont livrés chaque semaine dans lesquels on peut mettre plein de choses locales… mais aussi des avocats du chili ou des poires d’Argentine. Bref, c’est donc un business partiellement local qui reste un peu dépendant d’une activité de « grossiste » (qui permet tout de même à l’entreprise d’avoir une vraie autonomie financière au global) mais qui a le mérite de faire naître de nouveaux producteurs du coin de la rue et d’améliorer l’approvisionnement de la ville en produits frais.

Alors, bien entendu, en deux semaines passées à Toronto, on a fait un peu plus de choses que ces quelques exemples, mais nous ne vous livrons ici que ce qui nous a paru le plus intéressant!
Après Toronto, on est partis pour la région des grands lacs en direction de Kingston, ancienne capitale du Canada et aujourd’hui ville universitaire connue comme la « capitale des prisons ».

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